Retrouvez sur cette page les newsletter publiées 2 mois après leur diffusion et les chroniques vidéo d'une cyberanthrope au fil de l'eau (en cours de préparation pour la saison prochaine).
Publication de la newsletter diffusée en mars 2026
➡️ Souveraineté bureautique : un parcours chaotique entre rêve et réalité. Il y a des décisions qui semblent simples sur le papier. « Nous allons quitter les GAFAM. » Cinq mots. Une intention claire, presque évidente. Et puis la réalité s'invite à la fête, avec ses consoles d'administration labyrinthiques, ses données retenues en otage et ses messages d'erreur qui vous sourient avec la bienveillance d'un percepteur un lundi matin. Voici notre rapport d'étape honnête, un peu cabossé, mais résolument optimiste.
➡️ Pourquoi s'en donner la peine ?
Partons du commencement : pourquoi vouloir quitter Microsoft et Google et autres géants étrangers ? Pas par caprice technologique. Pas pour le plaisir de souffrir. Mais parce que confier ses données professionnelles (ses documents, ses agendas, ses échanges) à des géants américains soumis au Cloud Act, c'est accepter une forme de dépendance dont on mesure rarement l'étendue… jusqu'au jour où l'on essaie de partir.
À ce moment précis commence un chemin qui va d’entrave à entrave. Tout d’abord les données concrètes : documents, archives, contacts. Mais là, nous étions préparés, car ce n’est plus un secret pour personne que nos données sont récupérées, analysées et stockées au soleil de Californie. Télécharger des éléments en local pour transférer ailleurs, basculer vers d’autres comptes, structurer ce qui doit vraiment être conservé. De nombreuses stratégies rendent possible de récupérer les informations, quitte à perdre un peu de temps à repenser son fonctionnement, ce qui sera en fin de compte bénéfique pour les processus organisationnels.
Puis arrivent des peaux de banane numériques qui ont des répercussions bien tangibles sur la vie réelle. À travers la gestion de nos comptes mails, les géants du net ont la main-mise sur notre identité professionnelle avec l’association du nom de domaine de l’entreprise mais aussi sur notre temps quotidien, puisque le mail est lié à un ou plusieurs agendas plus ou moins partagés avec des partenaires, des collaborateurs, des clients. Enfin ces comptes Microsoft ou Google sont souvent la clé d’accès à bien d’autres services numériques, que nous avons choisi pour leur utilité stratégique et souvent payé. Le jour où vous commencez à réorganiser votre système de matching du nom de domaine, vos agendas, vos mails, votre comportement est détecté et peut devenir suspect au point que votre compte soit bloqué. D’avoir vécu ce blocage pendant une longue semaine, on comprend pleinement le véritable potentiel d’entrave totale dont disposent ces géants. On se prend de sympathie pour le juge européen Nicolas Guillou devenu cible de représailles numériques. Mais on se met aussi à rêver d’un monde sans Gafam aux côtés du Chut Magazine.
➡️ La souveraineté numérique, c'est d'abord une question de maîtrise : savoir où sont ses données, qui y accède, et surtout — pouvoir changer d'avis sans se retrouver coincé comme dans un hôtel dont on aurait perdu les clés de la chambre. Alors, peut-on s’en échapper ?
On a testé pour vous !
Ce mois-ci focus Microsoft et Google
Depuis un mois nous essayons méthodiquement chacun de son côté de nous passer des services de Microsoft et de Google. Voici les premiers résultats de l'expérimentation :
AVIS TECHNO-MÉFIANT :
Microsoft, la console des mille portes
Côté Microsoft, l'aventure a commencé avec une licence Microsoft 365 Business. Confortable, bien intégrée, apparemment anodine. Jusqu'au moment de vouloir migrer les données vers une autre solution.
La console d'administration de Microsoft 365, pour ceux qui ne la connaissent pas, est une œuvre d'art de la complexité kafkaïenne. Menus imbriqués, options éparpillées, paramètres qui se contredisent d'un écran à l'autre. On cherche le bouton « exporter mes données et partir dignement ». On ne le trouve pas … parce qu'il n'est pas prévu pour être trouvé facilement. La solution est pourtant simple, embaucher 2 administrateurs Microsoft… Allez vendu ! … non en fait…
Le OneDrive, lui, a été particulièrement créatif : vos fichiers sont bien synchronisés avec OneDrive, mais synchronisés vers ailleurs ? Autre chose. Un message serein est apparu lors de la tentative de migration vers notre nouvelle solution : les données sont synchronisées sur OneDrive, un blocage empêche la synchronisation vers votre solution. « Mais tout va bien. » C'est littéralement ce que sous-entend le système. Vos données sont là, saines et sauves, bien au chaud chez Microsoft. Le problème, c'est qu'elles n'ont pas très envie de voyager.
Bilan : quitter Microsoft se prépare et ne s’improvise pas ! Le système arrivera-t-il à migrer ? On fait le point dans un mois... ou pas...
AVIS TECHNO-ENTHOUSIASTE
Google, Welcome to the Hotel California
Côté Google, c’est une vieille histoire d’amour. Les outils sont fluides, les intégrations impeccables, l'expérience utilisateur soignée. Idéal pour une vie bien remplie de freelance nomade : tout fonctionne dans n’importe quel pays, sur n’importe quel appareil, aucune perte de continuité quel que soit le changement à intégrer. Et deux options : la Google Suite gratuite avec des fonctionnalités hyper efficaces pour collaborer avec tous les gens qui ont un compte Google (80% de la planète ?) ou Google Workspace, formule payante avec des fonctionnalités encore plus performantes.
La différence majeure entre les deux : la Google Suite gratuite collecte toutes les données et tous les faits et gestes pour dresser votre profil de ciblage publicitaire tandis que Google Workspace s’engage à ne pas collecter vos données pour un ciblage commercial. Mais vos données sont utilisées « pour améliorer les services Google ». Donc est-ce que vous préférez donner votre consentement pour être profilé ou est-ce que vous préférez payer Google pour qu’il améliore ses services de profilage ?
Bilan : je ne paie pas Google pour améliorer ses services de profilage, ça fait donc 2 ans que j’ai quitté Gmail, GDrive, GWorkspace. Mais je ne peux pas me passer de Google Agenda, ni de YouTube. Je continue à avoir un compte Google pour collaborer avec mes partenaires et pour me faciliter la vie quotidienne sur mon téléphone Android...

