Retrouvez sur cette page les newsletter publiées 2 mois après leur diffusion et les chroniques vidéo d'une cyberanthrope au fil de l'eau (en cours de préparation pour la saison prochaine).
Publication de la newsletter diffusée en février 2026.
➡️ En 1979 les hyperliens sont pour la première fois techniquement cliquables mais il faut attendre 1993 et Mosaïc de NCSA pour que le concept de navigateur internet devienne grand public en permettant l'affichage simultané de texte et d'images. Très rapidement l'interface doit être capable d'interpréter et d'afficher correctement du code de plus en plus sophistiqué (HTML, CSS, cookies, JavaScript). Ça déclenche une guerre déclarée entre Netscape, très populaire, et Internet Explorer de Microsoft qui finit par s'imposer en étant intégré d'office à Windows.
➡️ Simple histoire venue de notre Antiquité Numérique ? En 2026 aucun de ces deux vénérables navigateurs n'existe plus, mais deux sujets peu visibles à la surface de notre navigation restent: tout navigateur interagit avec du code informatique (donc des programmes) et la navigation reste une question de territoire. Ce territoire n'est pas que virtuel, irrigué par un océan de sites et de données disponibles. Les navigateurs sont à l'image de la géographie effective de notre terre.
➡️ Nous vous emmenons faire un tour du monde des principaux navigateurs utilisés actuellement, car la nationalité d’un navigateur est un marqueur clé :
- Edge (Microsoft) et Chrome (Google) : ces deux navigateurs sont développés par des entreprises américaines (Microsoft et Google), soumises sans réserve aux lois américaines (dont Cloud Act et FISA). Les données des utilisateurs (historique, cookies, métadonnées) peuvent être réquisitionnées par les agences de renseignement (NSA, FBI) sur simple demande, sans que l’utilisateur en soit informé. De plus sur Chrome et par défaut tous vos gestes sont transmis à Google pour l'amélioration de ses services, par exemple n'importe quelle requête que vous saisissez dans la barre, même si vous n'appuyez pas sur "Entrée".
- Brave : Brave est également une entreprise américaine (siège aux États-Unis) qui s'adapte dynamiquement selon votre localisation géographique pour respecter les lois européennes. Bien que son modèle économique et sa philosophie soient axées sur la protection de la vie privée, son infrastructure et sa gouvernance restent soumises aux lois américaines même s’il minimise la collecte de données personnelles. Donc les métadonnées techniques (IP, horodatages) ou les données liées à Brave Rewards (si activé) pourraient théoriquement être ciblées, comme toute entreprise US. Brave Search en Europe applique des politiques de "Zero Data Retention" encore plus strictes mais conserve un modèle économique axé sur la publicité ciblée.
- Mozilla Firefox : développé par la Mozilla Foundation (organisation à but non lucratif américaine) et sa filiale Mozilla Corporation, Firefox est aussi soumis aux lois américaines. Contrairement à Google ou Microsoft, Mozilla n’a pas de modèle économique basé sur la publicité ciblée, ce qui réduit (mais n’élimine pas) les risques de surveillance massive. Cependant, des métadonnées techniques (comme les mises à jour du navigateur) transitent par des serveurs américains. De plus, les relations entre Google et la Fondation Mozilla sont à la fois paradoxales et vitales. Bien qu’elles soient concurrentes sur le marché des navigateurs (Chrome vs Firefox), elles sont liées par un partenariat financier massif qui assure la survie de Mozilla, à commencer par les sommes que Google verse à Firefox pour être paramétré comme moteur de recherche par défaut. Environ 80 à 85% des revenus de Mozilla proviennent de Google et les mauvaises langues suggèrent qu'ainsi Google évite de tomber sous la loi anti-trust, puisqu'il permet l'existence d'un concurrent indépendant.
- Opéra (Chine) : depuis son rachat en 2016 par un consortium d’investisseurs chinois, il est soumis aux lois chinoises en raison de sa propriété et de son ancrage en Chine. Cela implique des risques accrus de censure, de surveillance et de transfert de données vers les autorités chinoises, même pour les utilisateurs hors de Chine. Pour les personnes sensibles à ces enjeux, des alternatives sont recommandées.
- Mullvad (Suède) et Vivaldi (Suède, cofondé par l’ex-PDG d’Opéra): la Suède est membre de l'Union Européenne depuis 1995 mais elle fait également partie de l’Alliance Five Eyes de coopération sur le renseignement, avec notamment les États-Unis. De ce fait, ces navigateurs ne sont pas parfaits, mais ils sont néanmoins des alternatives intéressantes par leur paramétrages, avec l’application de lois protectrices européennes (RGPD, transparence).
➡️ Sous leur apparence anodine, les navigateurs ont des implications majeures en tant qu'outils du quotidien. Ils ne font pas que véhiculer des informations, des produits, des services ou de la connaissance, ils portent des enjeux essentiels en termes de confidentialité, de souveraineté numérique et d'alignement entre discours et pratiques.
Enjeu d'organisation
Un nouvel enjeu est liée à l'intégration croissante de l'IA dans les navigateurs. Par souci d'optimiser son organisation il est tentant d'accélérer l'adoption.
💡Mais trois sujets émergent et demandent un arbitrage strict de votre part :
Collecte de données comportementales : les modèles d’IA embarqués (ex. : suggestions de texte, résumés de page, recherche intelligente) ont besoin d’accéder à votre historique de navigation, à vos saisies et parfois à vos contenus affichés pour s’entraîner ou affiner leurs réponses. Parmi les conséquences potentiellement désagréables de cette pratique : profilage détaillé de vos intérêts et risque de fuites.
Transmission de données à des serveurs distants : certains assistants IA fonctionnent en mode « cloud »: votre texte ou le contenu de la page est envoyé à des serveurs pour être traité puis renvoyé avec un risque d'interception ou compromission pendant le transit ou une conservation involontaire de données sensibles sur des serveurs tiers.
Modèles d’apprentissage continu : certains navigateurs mettent à jour leurs modèles en temps réel à partir des interactions des utilisateurs afin d’améliorer la pertinence, donc vos comportements individuels peuvent contribuer indirectement à l’entraînement du modèle, augmentant le risque de « re‑identification » même si les données sont agrégées.
Éclairage juridique
Le choix d'un navigateur ne se limite pas à des critères techniques ou ergonomiques, mais engage aussi une réflexion sur ce que l’on accepte de sacrifier (données, autonomie, valeurs) en échange de fonctionnalités. Les engagements de confidentialité sont souvent des arguments marketing : un navigateur peut promettre de ne pas vendre vos données… tout en les collectant pour des "améliorations de service".
La question cruciale est de l'ordre du pouvoir humain : qui contrôle les serveurs, où sont stockées les données, et sous quelle juridiction ? Que vous croyiez en la souveraineté nationale ou dans une gouvernance supranationale (UE, ONU), le choix d’un navigateur doit refléter vos convictions.
Utiliser Edge, Chrome, Firefox ou Brave tout en critiquant la surveillance de masse, ou Opéra en dénonçant la censure chinoise, relève de la contradiction. Et n’oubliez pas, vos données sont votre richesse!
💡Avant de choisir votre navigateur demandez-vous "quels compromis je suis d'accord de faire pour un service "gratuit" ou pratique ?"
Si vous êtes curieux et soucieux de votre vie privée, de la sécurité des données de votre entreprise ou de celle de vos clients, faites un tour du côté de navigateurs alternatifs comme Libre Wolf, Falcon ou encore Tor.
L'outil du mois : navigateur Vivaldi
Depuis la guerre homérique entre Netscape et Internet Explorer, une stratégie se révèle gagnante pour l'adoption d'un navigateur plutôt que de tel autre : la fourniture par défaut.
Près de 80% de navigation mondiale internet a lieu aujourd'hui sur mobile, donc Chrome et Google sont pré-installés par défaut dans la majorité des appareils Androïd, tandis que Safari d'Apple est le système par défaut des Iphones et ordinateurs MacOS. Une stratégie qu'il est possible de suivre à la trace puisque Chrome rafle 65% des parts de marché, Safari 19% ce qui correspond à peu près au volume des adeptes des équipements IOS versus PC-Androïd. Puis il y a les outsiders minoritaires : Mozilla Firefox est retombé à 3%, Microsoft Edge peine à 4% et tous les autres se partagent 9% de taux de diffusion.
Nous sommes donc partis explorer un des acteurs des ces 9% qui s'éloignent des paramètres par défaut et nous avons choisi de tester un navigateur européen, parce que vous l'avez compris : nous aimons savoir où se trouvent nos données !
Avis techno-méfiant
Voici un retour d'expérience après 1 mois de test dans l'objectif de
trouver un navigateur européen, transparent et fonctionnel.
Contexte du test :
Remplacement d’Opéra par crainte de l’influence chinoise et d’Edge avec la volonté de réduire la dépendance aux géants américains.
Points forts :
- Origine suédoise: juridiction protectrice (RGPD), pas de liens avec les GAFAM ou la Chine.
- Héritage d’Opéra: interface intuitive, gestion avancée des onglets.
- Espaces de travail multiples: idéal pour séparer vie pro/perso ou projets distincts.
- Synchronisation des comptes avec données accessibles sur plusieurs PC (via compte Vivaldi).
- Catalogue d’extensions Chromium.
Limites
- Pas de synchronisation des espaces de travail: chaque configuration est locale, ce qui complique la mobilité.
- Communauté plus petite: moins de retours utilisateurs que Chrome ou Firefox.
- La Suède fait partie de l’Alliance Five Eyes sur le renseignement (avec les USA)
Bilan : Vivaldi séduit par son équilibre entre éthique et fonctionnalité. Son modèle économique (pas de publicité ciblée, revenus via abonnements optionnels) et son ancrage européen en font une alternative crédible.
À améliorer: la synchronisation des espaces de travail pour une expérience fluide sur tous les appareils.
Avis techno-enthousiaste :
Retour d'expérience après 2,5 mois de test par curiosité d'avoir découvert un navigateur qui clame "Made with love in Europe".
Contexte du test :
Usage depuis 10 ans de 2 à 3 navigateurs combinés pour obtenir certaines fonctionnalités et préserver la sécurité des données et la vie privée. Le fait qu'il soit basé sur Chromium mais juridiquement européen en fait un candidat pour remplacer Firefox + Chrome.
Points positifs :
- Presque aussi fluide et performant que Chrome.
- Intégration du VPN Proton + extension Proton Pass qui était présente aussi dans Firefox.
- Système d'import des onglets favoris rapide et sans bug.
- Système de flux RSS intégré dans le navigateur, génial !
- Communauté présente sur le réseau social décentralisé Mastodon : intéressant pour un jour espérer quitter Meta and co.
Points négatifs :
- Beaucoup trop d'options et de fonctionnalités, certaines ne peuvent pas être enlevées et l'ensemble demande un peu de temps pour comprendre qu'est-ce qui se personnalise comment et jusqu'où.
- Firefox avait une extension sympa "Flagfox" qui indiquait pour chaque site visité où se trouve son serveur d'hébergement par une icône-drapeau. Pas trouvé d'équivalent.
Bilan: globalement convaincue.
Mais: constat d'une plus grande fatigue numérique qu'en utilisant Firefox ou Chrome, par saturation d'éléments visuels et fonctionnalités dont 50% inutilisées.

